Résistants, Personnalités liées à la Résistance

Résistants, Personnalités liées à la Résistance

Pierre BROSSOLETTE

Une figure exemplaire de la Résistance Française

Pierre Brossolette

Fils de Léon Brossolette, Inspecteur de l'enseignement primaire à Paris il entre premier à l'École normale supérieure en 1922. Il est reçu deuxième à l'agrégation d'histoire, derrière Georges Bidault. Il épouse en 1926 Gilberte Bruel, avec qui il aura deux enfants, Anne et Claude, et qui, après sa mort deviendra la première femme sénateur en France.

Il adhère à la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO) en 1929. puis ses conceptions évoluent lorsqu'il prend conscience de la réalité de la menace nazie et de l'inévitabilité de la guerre. Il se présente à la députation de l'Aube sous l'étiquette du Front populaire en 1936 mais est battu par Fernand Monsacré.

Journaliste au sein de plusieurs journaux (l'Europe nouvelle, le Quotidien, le Progrès civique, les Primaires, Notre temps, Excelsior, Marianne et à la Terre Libre), il travaille également pour Radio-PTT, dont il est licencié en janvier 1939 lorsqu'il s'oppose dans une émission aux accords de Munich.

Au début de la Seconde Guerre mondiale, il rejoint l'armée avec le grade de lieutenant, est promu capitaine avant la défaite de la France et a été décoré avec la première Croix de Guerre en 1940 en raison de son attitude au cours de la retraite de son unité.

Hostile au régime de Vichy, il rejoint le Groupe du musée de l'Homme, puis, il participe à la formation des groupes de résistance Libération-Nord et Organisation civile et militaire dans la zone occupée et devient, après sa rencontre avec le Colonel Rémy, chef de la section presse et propagande de la Confrérie Notre-Dame sous le nom de code Pedro « parce qu'il a quelque chose d'espagnol dans le regard » selon Rémy.

Quand le régime de Vichy lui interdit d'enseigner, il rachète une librairie russe à Paris, au 89 rue de la Pompe, qui sert de lieu de rencontre et de « boîte aux lettres » pour les résistants.

À la suite de deux perquisitions successives effectuées par les autorités allemandes à son domicile en mai 1942, il vend la librairie et son appartement.

Il fait franchir à sa famille la ligne de démarcation en juillet 1942, navigue vers Gibraltar en felouque et parvient à Londres en cargo.

Il continue la résistance seul en France tandis que sa femme assure la liaison entre le Commissariat à l'Intérieur de la France libre et la BBC.

En avril 1942, Brossolette il un voyage à Londres en tant que représentant de la Résistance pour rencontrer Charles de Gaulle. Il travaille dès lors, promu commandant, pour le Bureau central de renseignements et d'action (BCRA), en liaison avec la section RF du Special Operations Executive (SOE) britannique.

Il est parachuté à trois reprises en France, la deuxième fois avec André Dewavrin, alias le colonel Passy, et Forest Yeo-Thomas alias « Shelley », agent du SOE surnommé familièrement « le Lapin Blanc ».

Ils vont parvenir à unifier l'ensemble des mouvements de résistance de la Zone Occupée, dans le cadre de la mission « Arquebuse-Brumaire », du nom de code de Passy et Brossolette.

Pierre Brossolette est aussi le porte-voix à Londres des combattants de l'ombre. Dans un discours au Albert Hall le 18 juin 1943, il rend un vibrant hommage aux « soutiers de la gloire », expression qui deviendra par la suite usitée. Il prendra la parole à 38 reprises au micro de la BBC en remplacement de Maurice Schumann et écrira des articles, dont un dans La Marseillaise qui par la suite sera considéré par certains comme un des textes fondateurs du gaullisme de guerre.

Pierre Brossolette est très critique vis-à-vis de la IIIe République qu'il rend responsable de la défaite, et estime que la Libération à venir devra être l'occasion d'une profonde rénovation démocratique, notamment par la naissance d'un grand parti de la Résistance appelé à réaliser une politique de transformation sociale ambitieuse. Un programme commun très proche de ces aspirations est élaboré par le Conseil national de la Résistance en mars 1944, le mois de la mort de Brossolette.

Cette critique de la Troisième République est le principal sujet de discorde avec Jean Moulin, et lui vaut par ailleurs l'opposition des partis, soucieux de leur propre survie. Ainsi à la veille de son arrestation, Brossolette est exclu de la SFIO par Daniel Mayer et Gaston Defferre, décision qui n'est pas appliquée à cause de sa disparition. Si dans un premier temps la IVe République renoue avec les mœurs de la IIIe, l'avènement de la Ve République représente pour certains l'application a posteriori des idées de Brossolette sur l'après-guerre.

En effet, le projet d'un grand parti rassemblé autour de De Gaulle pour gérer l'immédiat après-guerre et limiter les dégâts prévisibles d'une épuration incontrôlée est vivement critiqué et soupçonné même de dérives fascisantes.

Ainsi s'opposent a posteriori l'image d'un Jean Moulin homme d'État proche du radicalisme d'avant-guerre, défenseur des valeurs républicaines et de la démocratie, voire du statu quo, et celle, complexe, d'un Pierre Brossolette homme politique certes visionnaire, précurseur du gaullisme "qu'il bâtissait en doctrine" (selon De Gaulle lui-même dans ses mémoires) bien que socialiste, dénonciateur féroce du danger fasciste et communiste avant la guerre mais partisan de méthodes radicales.

Cependant son idée d'un parti unique issu de la Résistance ne devait servir qu'à réorganiser l'après-guerre et il aurait envisagé de créer lui-même un nouveau parti de gauche, travailliste sur le modèle anglo-saxon donc non-marxiste ou en tout cas réformiste. Pour cela, Brossolette avait travaillé sur une ambitieuse critique du marxisme pendant ses missions, que sa stature d'intellectuel, normalien de haut vol permettait de croire respectable et qui aurait été jetée par dessus bord lors du naufrage sur les côtes bretonnes ayant amené son arrestation.

Après avoir échappé plusieurs fois à des arrestations, il veut rentrer à Londres pour présenter le nouveau chef du CNR, Émile Bollaert, au Général de Gaulle. Plusieurs tentatives d'exfiltration par Lysander échouent. Il décide de rentrer par bateau. Le 3 février 1944, près de Douarnenez, la pinasse Jouetdes Flots qui doit les conduire à une frégate britannique fait naufrage à cause du mauvais temps près de la pointe du Raz. Les deux chefs de la Résistance échouent sur la côte, où ils sont accueillis par la résistance locale. Lors d'un barrage de routine, alors qu'ils arrivent à Audierne dans une voiture à gazogène, ils sont dénoncés par une collaboratrice, contrôlés par un poste volant de la Wehrmacht et emmenés en prison à Rennes, siège de la Kommandantur locale.

Plusieurs semaines passent sans qu'ils soient reconnus. Finalement, Ernst Misselwitz (du Sicherheitsdienst) se rend en personne pour identifier Brossolette sur place et le fait transférer, le 19 mars, au quartier général de la Gestapo à Paris, 84 avenue Foch. On ne sait toujours pas ce qui a pu le dénoncer : soit des fuites sur les tentatives d'évasion qui se préparaient sous l'initiative de Forest Yeo-Thomas, capturé à Paris quelques jours auparavant ; soit un rapport non codé de la part de Claude Bouchinet-Serreules et Jacques Bingen vers Londres qui aurait été intercepté sur la frontière espagnole ; soit encore, selon la légende, sa mèche blanche caractéristique apparue sous la teinture.

Pour le faire parler, il est torturé pendant deux jours et demi. Le 22 mars, profitant d'un moment d'inattention du gardien, il se serait levé de sa chaise, menotté dans le dos, aurait ouvert la fenêtre de la chambre de bonne dans laquelle il était enfermé, et serait tombé d'abord sur le balcon du 4e étage et ensuite devant l'entrée de l'immeuble côté avenue. Gravement blessé, il succombe à ses blessures vers 22 heures à l'hôpital de la Salpêtrière, sans avoir parlé.

Le 24 mars, il est incinéré au cimetière du Père-Lachaise, où ses cendres sont conservées avec celles d'un autre résistant (Jacques Delimal), dans deux urnes dans la division 87 numérotées 3920 et 3913.

Décorations

  • Chevalier de la Légion d'honneur.
  • Croix de guerre 1939-1945, en 1940, avec Etoile de Bronze.
  • Compagnon de la Libération, décret du 17 octobre 1942 et nommé membre du Conseil de l'Ordre de la Libération.
  • Croix de guerre 1939-1945, en 1942, avec Palme de Vermeil.
  • Médaille de la Résistance avec rosette.

Pierre Brossolette avec la mèche blanche qui l'a trahi



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